Quentin Carnaille est né à Roubaix en 1984. Après avoir étudié l’architecture (diplômé en 2009 de l’Institut Supérieur d’Architecture de Tournai), il réalise ses premières pièces dans lesquelles il intègre de vieux mécanismes horlogers. Détournés de leur vocation première, ceux-ci deviennent les ornements de bijoux ou d’accessoires qui, par-delà leur aspect décoratif, posent déjà la question du temps et de la relativité de son passage, thème récurrent dans l’œuvre de l’artiste.

A cette première phase de recherche succède une période d’intense créativité au cours de laquelle Carnaille diversifie son usage des mécanismes horlogers. Libérés de leur agencement mécanique, reliés entre eux par des aimants, ils se présentent désormais au regard comme de véritables sculptures. C’est ainsi que naît la série « Horlogerie », dans laquelle l’artiste exprime un rythme intime et donne à ses interrogations une portée universelle en se tournant vers le futur. Composée de créations originales et d’hommages à certaines œuvres iconiques, « Horlogerie » installe Quentin Carnaille dans le paysage artistique. 2013 : expositions à Lille et Genève ; 2014 : Belgique ; 2015 : Luxembourg et Allemagne ; 2016 : Taïwan, Koweït, Chine, Émirats arabes unis…

Son travail connaît alors un nouveau virage. A côté de ses expérimentations sculpturales qui continuent de se diversifier (Ainsi « Apparition » dans laquelle il emprisonne les pièces de montre dans la glace), Quentin Carnaille s’ouvre à de nouvelles formes d’expression au travers d’installations et de happenings. Suite logique, prolongement : ceux-ci rapprochent le travail de Carnaille d’un minimalisme conceptuel pleinement exprimé dans « Introspection ». Première œuvre dépourvue de rouages d’horlogerie, « Introspection » associe une esthétique résolument épurée aux pensées métaphysiques de l‘artiste et invite le spectateur à un retour sur soi, en même temps qu’elle encourage une méditation sur l’humain et ses origines.

Poursuivant sur cette lancée, « Identité » voit le jour en 2017. Cette fois-ci Carnaille sort de son atelier pour « descendre » dans la rue où ses cubes facettés de miroirs vont recouvrir pendant trois semaines les visages des sculptures figuratives de la ville de Lille. Démonstration de force, « Identité » opère une transformation des sculptures commémoratives en sculptures contemporaines, réveillant ainsi l’intérêt du public pour celles-ci. Réflexion sur l’altérité, faisant appel à des modes de perception élémentaires, « Identité » provoque un choc esthétique et mental et constitue un moment fort de la production de Carnaille, faisant de lui l’héritier d’une série d’artistes ayant eu, pour reprendre les mots de Malraux, le désir de « mettre l’art à portée de tous ».

Ainsi se poursuit la recherche de Quentin Carnaille, quelque part entre prouesse technique et volonté de mettre l’art au service d’une source primordiale, celle du temps et des hommes ; ou comment permettre aux seconds de regarder le premier non plus comme l’ennemi implacable, mais plutôt comme le possible dont ils sont une autre expression.